Hypnose: L’alerte des professionnels

L’hypnose est de plus en plus répandue dans le traitement des douleurs aigües, lors des opérations chirurgicales notamment, bien que certains médecins soient encore réticents.

Les spécialistes de l’hypnose luttent pour distinguer cette pratique médicale du spectacle. Le sujet est sur la table de leur congrès international de Saint-Malo, en juin.

Messmer, le célèbre hypnotiseur québécois, est rhabillé pour l’hiver. « Le niveau des professionnels de santé est beaucoup plus élevé même si c’est moins spectaculaire », raille Claude Virot, président de la Société internationale d’hypnose. « Quand j’entends parler d’hypnose de rue, je trouve cela effrayant. Est-ce que j’assiste à un spectacle de chirurgie quand je vais voir un lanceur de couteaux ? Non ! »

 

Efficacité prouvée

Le médecin psychiatre tient précieusement à la distinction entre les spectacles, où les médiums peuvent vous faire rouler par terre à leur guise, et la sérieuse pratique médicale de l’hypnose. Car celle-ci a fait ses preuves et n’est plus discutée, martèle-t-il. Utilisée à l’origine en psychiatrie pour traiter les troubles comportementaux, elle se développe dans les blocs opératoires, en complément ou en remplacement de l’anesthésie classique. Preuve de l’attrait du milieu médical, Émergences, l’institut de Claude Virot basé à Rennes et à Paris, forme 600 personnes par an.

Problème, selon lui, la moitié des personnes qui pratiquent l’hypnose ne sont pas des professionnels de santé. Pire, abonde Bruno Dubos, formateur et psychiatre à Rennes, « on peut aujourd’hui suivre une formation de deux semaines sur internet et se prétendre ensuite professionnel. Or, on manie la conscience des gens, ce n’est pas n’importe quoi ».

C’est là tout le paradoxe.

Le secteur n’étant pas réglementé, n’importe qui peut ouvrir un cabinet. Mais, les professionnels de santé, eux, ne peuvent pas faire valoir leur formation. « La loi nous interdit de faire de la publicité et l’hypnose médicale n’est pas un terme reconnu », note Claude Virot. Par ailleurs, certains paramédicaux, comme les kinés ou les infirmières, ont récemment été interdits de l’utiliser sur des patients.

Économies à la clé

Alors, que faire ? Faut-il que l’ordre des médecins crée une spécialité d’hypnothérapeute au même titre que les autres ? Non, répond Claude Virot. « Cette pratique doit être transversale car elle peut être utilisée dans tous les secteurs contre la douleur. En revanche, il faudrait réserver le terme d’hypnose aux professionnels de santé de la même manière que le terme de massage ne peut être utilisé que par des kinés diplômés ».Cette piste sera sur la table du 7e Congrès international « hypnose et douleur » qui se tiendra à Saint-Malo, du 14 au 16 juin prochain. Si les adeptes de cette pratique tiennent autant à la protéger des assauts des charlatans, c’est parce qu’ils sont persuadés de ses promesses en termes de santé mais aussi d’économies. Une étude réalisée à Grenoble démontre que les patients opérés sous hypnose guérissent plus vite et coûtent donc 30 % moins cher que les autres. Elle sera présentée lors du Congrès en juin, où l’on ne verra pas des quidams imiter l’otarie : l’événement est réservé aux professionnels.

Le Télégramme- Publié le 26 avril 2018 à 14h51

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