L’hypnose, une préparation mentale efficace pour les sportifs ?

Au-delà du coaching mental, il y a l’hypnose. Encore mal perçue en France, elle est courante outre-Atlantique où des dizaines d’hypnologues ont intégré les équipes d’entrainement des athlètes de haut niveau. Zoom sur une pratique qui tente de s’immiscer dans le milieu sportif français, avec l’hypnologue Kevin Finel.

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hypnose (CHAUFFOUR PIERRE PRODUCTIONS / L’Equipe)

En marge des aspects techniques et physiques, il y a le facteur mental qui joue un rôle déterminant face à l’épreuve, l’adversité, la difficulté ou la pression psychologique liée à un événement important. Se définissant comme un outil, une méthode de communication et d’exploration de l’inconscient, l’hypnose moderne permet ainsi d’agir sur les capacités physiques et mentales au-delà des limites de la conscience. Kevin Finel, co-fondateur de l’A.R.C.H.E, l’Académie de Recherche et de Connaissance en Hypnose Ericksonienne, nous explique comment elle fonctionne.

« Quelles sont les principales applications de l’hypnose dans le sport ?

C’est assez large, disons que c’est vraiment de la préparation mentale. Il y a toute une partie qui va être du travail émotionnel c’est-à-dire travailler sur la confiance en soi, sur tout ce qui va aider à la performance afin de donner le meilleur de soi-même lors d’une compétition, le jour d’une épreuve ou d’un match. Et puis il y a une partie en amont qui est plus technique. Une personne qui va vouloir progresser techniquement peut savoir exactement ce qu’elle devrait faire mais son corps ne va pas forcément lui répondre exactement comme elle le voudrait. L’hypnose va justement permettre de créer une flexibilité mentale et favoriser l’apprentissage ou la correction d’un geste par exemple.

L’hypnose n’endort pas mais au contraire permet au patient d’être en hyper vigilance

Quelles différences avec le coaching mental classique ?

L’hypnose est à la racine du coaching. La plupart des méthodes de coaching modernes s’inspirent de Milton Erickson, qui est le père de la communication moderne et psychiatre américain du siècle dernier. Il est reconnu comme l’hypnotiseur le plus talentueux de son époque, et tous les préparateurs mentaux étaient ses élèves. Sauf que l’hypnose était très connotée et le coaching s’est peu à peu dissossié de l’hypnose. Aujourd’hui, l’hypnose regagne ses lettres de noblesse aux États-Unis, notamment dans les écoles et est tout simplement la racine du coaching mental. Je pense que le coaching “classique” est très efficace en lui-même mais ce n’est que lorsqu’on lui ajoute l’hypnose qu’il prend une dimension plus précise et plus profonde.

Concrètement, comment opère l’hypnose dans le coaching des athlètes ?

Déjà, on va essayer de comprendre où se situe le blocage chez le sportif. Est-ce qu’il est comportementale ou émotionnel. Pour vous donner un cas de figure, j’ai des patients qui courent après la réussite mais qui, en même temps, ont peur d’elle. Il y en d’autres qui vont avoir une pression particulière dès lors qu’il y aura un enjeu. L’idée va donc être de travailler sur les fonctionnements du cerveau, en expliquant à la personne en quoi consiste les neurosciences, ses réactions émotionnelles, ses apprentissages. Et en le faisant passer par cet état d’hyperconscience  – car l’hypnose n’endort pas mais au contraire permet au patient d’être en hyper vigilance – on va emmener les gens à comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’eux et à modifier des éléments. Imaginons quelqu’un qui manque de confiance en lui, par exemple. Notre action va être d’essayer de déterminer exactement où ce manque de confiance joue et quel ancrage peut-il avoir pour générer la confiance. Si ce travail-là est fait, au cours d’une compétition, son niveau de confiance augmentera au lieu de diminuer.

Combien de temps dure une séance avec le sportif ? À partir de quand peut-on voir des résultats ?

On a des gens que l’on va suivre sur toute une saison et d’autres qui vont venir nous voir plus ponctuellement. Concrètement, on rencontre directement la personne et les séances d’hypnose se passent généralement sur le terrain, après un entraînement par exemple ou juste avant ou après une compétition. Notre but est d’accompagner le sportif dans son travail quotidien. Certaines problématiques se règlent en deux ou trois séances comme avec les personnes qui reviennent de blessure. Il y a des cas qui nécessitent davantage de travail de fond, ce qui peut durer sur une saison entière. Très souvent on travaille aussi avec les coaches techniques avec lesquels on s’allie.

Qui peut pratiquer l’hypnose en France ? Quels diplômes sont requis ?

Aujourd’hui, l’hypnose n’est pas un domaine reconnu en France. Je dirige l’Académie d’Hypnose qui est l’institut de formation, on a des partenariats avec différentes écoles mais il n’existe, à ce jour, aucun diplôme d’état. On pourrait dire, au même titre que le coaching mental aujourd’hui, que ce sont des organismes qui se sont fédérés. Il n’y a pas de diplôme sur le coaching non plus. Maintenant les personnes qui suivent des formations en hypnose sont des personnes qui sont dans le métier de l’accompagnement. Et celles qui sont spécialisées dans les métiers de la préparation mentale.

L’hypnose est une solution très comportementale car elle n’agit pas directement sur la vie de la personne mais seulement sur sa manière de penser

Comment l’hypnose se développe-t-elle en France ?

Les hypnologues pour les sportifs sont très rares en France. L’hypnose dans le sport s’est beaucoup développé aux États-Unis, puisqu’aujourd’hui une majorité des professionnels de haut niveau sont suivis par un praticien en hypnose. En France, ça reste très rare, sauf au golf ou au tennis où c’est un peu plus pratiqué. C’est quelque chose qui n’est donc pas très connu. C’est d’ailleurs pour ça que l’on a créé le site “Mental Sport” et qui a pour but de faire connaître et de fédérer les personnes qui pratiquent l’hypnose pour l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Même lorsque l’on regarde sur internet on se rend compte que ça reste quelque chose de très émergent.

Comment êtes-vous perçu dans le milieu sportif ?

On a un blog sur lequel on communique beaucoup, du coup on est souvent contacté par des sportifs. Parce que je pense que beaucoup d’entre eux, à un moment donné, se questionnent sur la gestion de leur mental, et n’ont pas toujours les outils. Ils sont entourés par des coaches techniques qui vont vraiment les aider à de nombreux niveaux. Mais le jour où ils connaissent une intrusion dans leur vie personnelle, ils n’ont pas vraiment de solution. Beaucoup de sportifs se rendent compte qu’ils sont performants à l’entraînement mais le jour où il y a un facteur extérieur, une pression nouvelle, ils perdent leur moyen. Donc là, on va les rediriger et leur faire prendre conscience qu’il s’agit d’un problème psychologique. Généralement, ceux qui connaissent ce genre de problème n’ont pas envie de faire une psychanalyse donc ils vont aller chercher dans d’autres domaines comme l’hypnose, qui est une solution très comportementale car elle n’agit pas directement sur la vie de la personne mais seulement sur sa manière de penser. On s’appuie sur les neurosciences donc on a une vision assez pragmatique et rationnelle et c’est ce qui séduit les sportifs qui se disent : “ Okay ! Là j’ai un outil qui va être à court terme et qui va me permettre de travailler exactement là où je veux et avoir un résultat mesurable”.

Propos recueillis par Yaël Selbonne Sfez

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Vivre avec les douleurs rebelles

Quatre questions à la Dre Valérie Piguet, responsable du Centre multidisciplinaire pour l’évaluation et le traitement de la douleur.

 

Comment soulager les douleurs rebelles?

Dre Valérie Piguet Par une prise en charge globale et personnalisée qui combine plusieurs approches : médicamenteuse et interventionnelle (infiltration, neurostimulation), voire chirurgicale, physique (physiothérapie, ergothérapie) et psychologique (TCC par exemple).

Quel est le rôle des médicaments?

La médication est l’une des pierres angulaires de la prise en charge, mais ne suffit pas à elle seule. Souvent, les antalgiques classiques (paracétamol, anti-inflammatoires, opiacés) sont peu efficaces. Les traitements qui agissent sur la sensibilisation centrale sont plus indiqués: antidépresseurs, antiépileptiques, etc.

Quelle est la place des approches plus alternatives?

Pour fermer la porte à la douleur, on peut aussi recourir à l’hypnose, l’acupuncture, la sophrologie, la méditation, le yoga, etc. L’idée est que le patient constitue sa propre palette de peinture, avec différentes couleurs en fonction de ses douleurs, son expérience et sa personnalité.

Peut-on en venir à bout?

Oui, à condition de se fixer des buts réalistes. On vise en première ligne une amélioration de la qualité de vie, souvent en acceptant de vivre avec une sensation résiduelle. Instaurer du plaisir dans sa vie envoie au cerveau d’autres informations que celle de la douleur. On arrive probablement ainsi à moduler les voies de la douleur, à atténuer la perception et à la rendre plus gérable.

Osez bouger!

Lorsqu’on a mal, le premier réflexe est souvent de rester tranquille. Pourtant, dans le cas des douleurs chroniques, il existe des exercices de physiothérapie adaptés. «Grâce à des mouvements réguliers, nous encourageons les patients à repousser leurs limites, sans toutefois aller dans la zone rouge», explique Jean-Paul Gallice, physiothérapeute spécialiste de l’appareil locomoteur. Si les douleurs ne disparaissent pas forcément, travailler le mouvement permet de gagner en mobilité et donc d’être capable de faire plus d’activités. Un gros bénéfice en termes de qualité de vie. «L’essentiel de cette approche, c’est que le patient ait du plaisir à bouger. Il est donc important de trouver une activité physique qu’il aime pratiquer.»

 

TEXTE: ELODIE LAVIGNE /OCTOBRE 2018

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