« Comme un bouton reset » : nous avons assisté à une séance d’hypnose pour traiter la douleur chronique chez l’enfant

Mathis* a 8 ans. Depuis quelques temps, il souffre de migraines qui reviennent régulièrement. Surtout avant l’heure de la cantine ou du coucher. Inquiets, ses parents se sont tournés vers l’hôpital pédiatrique Robert Debré, dans le XIXe arrondissement de Paris. L’élève en CM2 a d’abord consulté un médecin spécialiste de la douleur, Maxime Goirand : « à chaque patient, j’essaie de déterminer à quel point les émotions peuvent interagir avec la souffrance physique », nous explique le médecin, au détour d’une consultation. Ce dernier a pris la décision d’orienter Mathis vers sa collègue, Margaux Bienvenu.

Depuis dix ans, cette dernière adopte dans cet hôpital soit la casquette de psychologue, soit celle d’hypnothérapeute. La professionnelle accueille environ deux tiers des petits patients qui viennent en consultation antidouleur. Celles-ci sont le plus souvent chroniques, comme des migraines, des céphalées, des lombalgies ou encore des douleurs abdominales.

 

Des angoisses à cerner

Mathis, lui, vient la voir pour la première fois pour une séance d’hypnose. S’il est pris en charge par cette professionnelle, c’est parce que la fréquence de ses migraines pourrait en fait provenir de la séparation de ses parents, qu’il a du mal à gérer. Il habite d’une semaine à l’autre chez son père, ou sa mère. Les sources de ses angoisses, qui semblent entre autre être liées à l’éloignement, lui compliquent la vie. Ce rendez-vous d’environ quarante-cinq minutes doit l’aider à prendre du recul sur ses émotions et à les apaiser.

Installé sur une chaise, face au bureau de l’hypnothérapeute, Mathis semble plutôt serein. Il répond avec calme à chaque question de Margaux Bienvenu, qui revient sur ce qui peut le mettre dans des situations de stress au quotidien. Depuis sa première consultation au service antidouleur de l’hôpital il y a quelques semaines, il a déjà beaucoup moins de maux de tête, annonce-t-il timidement. « Je pense que je suis moins stressé. Mes parents m’ont dit que ça ne servait à rien de m’angoisser. »

 

Incursion dans « la salle des machines »

Une quinzaine de minutes plus tard, le voilà installé dans un immense fauteuil en cuir noir dans lequel il disparaît presque, les jambes allongées sur un repose-pieds assorti à l’assise. Avec une voix douce et enveloppante, la psychologue lui demande d’imaginer un endroit dans lequel il se sent bien. Très vite, un sourire se dessine sur le visage de l’enfant qui garde les yeux fermés. Il est prêt pour la séance d’hypnose.

L’heure est venue d’entrer « dans la salle des machines », dans les engrenages de son cerveau. « Tu sais, notre cerveau est un peu comme une salle des machines qui contrôle tout le corps, lui explique la professionnelle, assise à ses côtés. Et comme parfois il y a un peu trop de bonshommes de stress en toi, on pourrait aller voir un peu ce qu’il se passe dans cette salle des machines. Parce que c’est toi le commandant. Et peut-être qu’on pourrait libérer un peu plus de bonshommes de détente, de sécurité… » Pour réaliser un tel chantier, Mathis doit imaginer et décrire les bonshommes qui peuplent son cerveau et les dessiner sur une feuille, depuis son fauteuil. Un à un, les bonshommes de stress, de nausée, de tournis, de détente et de sécurité apparaissent. Dessinés pratiquement d’un seul trait de crayon, certains brandissent un bras, d’autres prennent deux fois plus de place que leurs voisins.

Le dessin terminé, l’enfant peut se réinstaller confortablement dans son fauteuil, où il doit, afin de se replonger dans un état d’hypnose, fixer un point sur le mur face à lui et réguler sa respiration, tout doucement, encouragé par Margaux Bienvenu. « C’est très, très bien. Tu vas pouvoir allonger la respiration pour faire venir… le bruit des vagues », lui annonce-t-elle. L’inspiration devient profonde et lente, l’expiration libératrice. Une courte pause est observée entre les deux mouvements d’air. « C’est le moment où la vague s’arrête sur le sable avant de repartir. » En quelque secondes, Mathis baille à plusieurs reprises et est si détendu qu’il semble lutter contre le sommeil.

Il est temps de retourner dans la salle des machines, accompagné des mots rassurants de la spécialiste, et de libérer, grâce à un levier, beaucoup de bonshommes de détente et de sécurité. Leur effectif semblait en effet déséquilibré aux yeux de l’hypnothérapeute, comparé aux bonshommes de stress. Mission accomplie. « Tous ces bonshommes-là vont continuer de t’accompagner tous les jours de ta vie et vont continuer de t’apporter plein de bonnes choses », lui raconte sa copilote.

 

Des effets immédiats

Une fois sorti de ce rêve éveillé, Mathis semble heureux et détendu. Il nous dit avoir apprécié ce voyage imaginaire, même si visualiser tout ce que décrivait sa copilote n’était pas toujours évident. « Je me sens détendu à 7/10, contre 4/10 avant », annonce-t-il fièrement. Son père, qui le rejoint à la fin de la séance, a, lui, l’air rassuré. « Je ne connaissais pas l’hypnose médicale auparavant. Mais lorsqu’on a compris que tous ses maux venaient surtout de ses craintes, de ses angoisses, on s’est dit que ça ne pouvait que l’aider. »

Le cas de figure est le même pour la maman d’Audrey*, 12 ans, que nous avons pu rencontrer à notre arrivée dans le service antidouleur. Sa fille, elle aussi atteinte de migraines récurrentes, venait de suivre une séance avec Margaux Bienvenu. « J’ai dû fixer un endroit et je ne voyais plus rien autour de moi, ça bougeait. C’était particulier », décrit-elle. « Avant j’étais plutôt stressée et là j’ai l’impression de recommencer à zéro. C’est comme un bouton Reset. »

La métaphore, une technique couramment utilisée en hypnose

Une fois ses petits patients partis, Margaux Bienvenu nous indique souvent utiliser, lors de ses consultations, la technique de la métaphore. Celle des vagues, qui accompagne la respiration, et de la salle des machines sont d’ailleurs assez courantes. « Mais j’invente aussi beaucoup d’histoires en m’adaptant à chaque enfant », note-t-elle. « Le but, c’est qu’une fois qu’il a compris comment ça marche, il peut utiliser la technique tout seul et imaginer de nouvelles métaphores. »

Car chaque cas est différent, tout comme l’attention des enfants. « Il y a des enfants qui vont un peu être agités, mais ils entrent quand même dans l’histoire. Ils font comme des allers-retours entre leur imaginaire et l’instant présent. Généralement, dès 8 ans, les enfants peuvent fermer les yeux et moins bouger. » L’hypnose est accessible aux enfants à partir de six ans. Avant cet âge, des techniques de distraction, sous forme de jeux, peuvent leur être proposées.

 

Une demande grandissante

A l’hôpital, le suivi psychologique lié aux douleurs chroniques se fait sur une durée moyenne de 3 à 6 mois. « Si c’est du long terme, je les oriente vers l’extérieur, vers d’autres thérapeutes, indique Margaux Bienvenu. Ici on ne peut pas faire de suivi au long cours car la demande est trop forte. »

Depuis les années 2000 en effet, Margaux Bienvenu observe un engouement croissant pour la pratique de l’hypnose en milieu hospitalier. De plus en plus d’infirmières sont formées à cette discipline pour intervenir auprès de patients hospitalisés. Elle-même d’ailleurs est formatrice. Elle est aussi amenée, lors de soins douloureux à l’hôpital, à intervenir pour aider un patient à appréhender la douleur. « Je pense que ce succès de l’hypnose vient en partie des recommandations faites par le ministère de la Santé pour l’utilisation des approches non médicamenteuses, analyse-t-elle. Car le résultat, ce sont des patients qui consomment moins de médicaments, qui sont plus autonomes, davantage gestionnaires de leur santé et qui se remettent plus vite. Donc ça coûte moins cher à la collectivité et chacun y trouve son compte ! »

 

* Les prénoms des enfants ont été changés.

 

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