L’hypnose, une aide utile en intervention d’urgence

L’hypnose, une aide utile en intervention d’urgence

 

Déjà bien implantée à l’hôpital, cette technique qui peut apaiser la douleur des patients convainc les médecins dans de plus en plus de Samu.

Loin de l’image véhiculée par les spectacles de Messmer ou le serpent Kaa, du Livre de la jungle, l’hypnose médicale a acquis ses lettres de noblesse. Principalement utilisée contre la douleur, ou encore l’anxiété liée à un geste médical, l’hypnosédation comme on l’appelle en médecine s’est imposée, depuis plusieurs années déjà, au sein des hôpitaux et des salles d’opération.

Aujourd’hui, elle investit un service hospitalier beaucoup plus inattendu. Celui des Samu. Dans ce domaine de l’urgence absolue, souvent vitale, rempli de bruit et d’agitation, la pratique de l’hypnose peut sembler complètement anachronique. Et pourtant, de Lille à Marseille en passant par Metz ou encore Lyon, de plus en plus de Samu se convertissent à cette pratique. «Il est clair qu’on ne va pas utiliser l’hypnose chez un patient dans le coma ou en arrêt cardiaque. Mais lorsque les patients sont conscients, la douleur est présente dans plus de deux tiers des cas. L’hypnose peut alors avoir sa place», explique le professeur Pierre-Yves Gueugniaud, chef du service du Samu de Lyon.

«Lors d’infarctus du myocarde, l’hypnose permet de soulager la douleur et d’éviter l’injection de morphine»

Le docteur Nazmine Guler, urgentiste au CHR de Metz-Thionville

Depuis 2017, la Société française de médecine d’urgence a listé les indications pouvant relever de l’hypnose. De la gestion du stress de la personne appelant le centre 15, jusqu’à la prise en charge de la douleur lors d’un accident de la route, le champ d’application est large. «Par exemple lors d’infarctus du myocarde, l’hypnose permet de soulager la douleur et d’éviter l’injection de morphine. De plus, toujours grâce à l’hypnose, le patient va diminuer sa tension et sa tachycardie», explique le docteur Nazmine Guler, urgentiste au CHR de Metz-Thionville et l’une des pionnières ayant introduit l’hypnose aux urgences.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Concrètement, la mise en condition d’hypnose se fait dès le premier contact avec le patient. Dans l’idéal, dès l’appel au centre 15. «Dès le premier contact, la communication et le comportement vis-à-vis des patients doivent être positifs et bienveillants», explique le docteur Vincent Brulin, urgentiste au Samu de Lille. «Si je vous dis, “n’ayez pas peur, je vais vous piquer, vous n’aurez pas mal”, vous retiendrez uniquement les mots peur, piquer et mal», poursuit-il. Les médecins formés à l’hypnose vont donc plutôt dire à la personne face à eux «rassurez-vous, je vais vous poser une perfusion et ce sera plus confortable». De la même façon, ils vont s’agenouiller pour être à la hauteur de la personne ou encore lui serrer la main et se présenter, même en situation d’urgence. Ensuite, en lui parlant, il s’agit d’amener le patient ailleurs, de l’éloigner de sa douleur… C’est l’hypnose conversationnelle.

 

Les enfants très sensibles

Le docteur Brulin raconte comment lors d’une récente intervention, il a pu remettre en place l’épaule d’une jeune fille, sans anesthésie. «Comme elle faisait de l’équitation, nous avons évoqué son centre équestre, l’odeur de la paille, des chevaux, du froid. Lorsqu’elle a levé le bras pour brosser la crinière de son cheval, j’ai pu effectuer la réduction de la luxation, sans douleur.» Les enfants sont particulièrement réceptifs à l’hypnose. Plongé dans un match de foot ou dans un jeu sur sa Game Boy imaginaires, un enfant ne bronchera pas lorsqu’on lui posera une perfusion.

«Il ne me serait pas venu à l’idée il y a trois ans d’appliquer l’hypnose en intervention Smur»

Le professeur Pierre-Yves Gueugniaud

Les urgentistes convertis à l’hypnose en parlent avec enthousiasme. Ils mettent en avant son efficacité sur le stress des interventions, son action sur la consommation d’antalgiques ou encore la reconnaissance des patients. La méthode doit cependant faire ses preuves. Pour le moment, la littérature scientifique sur le sujet est en effet inexistante. En attendant, la pratique fait de plus en plus d’émules et parvient à convaincre les plus réticents. «Il ne me serait pas venu à l’idée il y a trois ans d’appliquer l’hypnose en intervention Smur. Je pensais que la méthode ne marcherait pas souvent et que cela risquait de faire perdre du temps avant de rejoindre l’hôpital. Or, je dois le reconnaître, c’est plutôt l’inverse», affirme le professeur Pierre-Yves Gueugniaud. Totalement convaincu, le chef de service aimerait aujourd’hui accélérer la formation de ses équipes.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s